samedi 18 juillet 2015

Didier Moulinier : Hérésies non-philosophiques (parution)

Editions Les Contemporains favoris, collection Bleue/essais, août 2015





482 pages 13.5/19.5 . 29,50 

ISBN n° 978-2-909140-28-5


L'objet unique de ce livre est la Philosophie considérée comme pensée et discours comportant un certain nombre d’invariants structuraux. Le projet d'étudier la philosophie selon un point de vue spécifiquement non-philosophique paraîtra étrange et ne saurait être perçu que comme une hérésie (aux yeux des philosophes). Pourtant il ne s’agit nullement de renier la philosophie mais au contraire de l’aider à s’affranchir d’un certain nombre de limitations.
La première partie dénonce ce que François Laruelle appelait naguère le Principe de philosophie suffisante, soit le droit non-critiqué que s'arroge la philosophie d'être présente absolument partout sous le mode de la Question (son obsession de faire monde, aux antipodes de l'esprit d'hérésie), alors même qu'elle confirme régulièrement son incapacité à penser démocratiquement, sa volonté de dominer conceptuellement les autres discours et notamment les sciences, sa prétention de pouvoir constituer (sinon définir) le réel.
La seconde partie tente de poser les fondements d'une pensée (vraiment) non-religieuse – ce qui n'est encore concevable que non-philosophiquement. En effet l'on ignore encore trop que la philosophie et la religion font système en tant que pensées fonctionnant pour partie à la raison et pour partie à la foi. La méthode non-philosophique s'appuie sur le concept d'hérésie – en le laïcisant radicalement - pour essayer de passer outre ce véritable « paradigme philosophico-religieux ».
Enfin la troisième partie, la plus importante de l'ouvrage, rassemble des Etudes laruelliennes mettant en œuvre dans divers domaines de la philosophie (épistémologie, ontologie, éthique, politique, anthropologie...) le mode de penser uni-latéralisant proposé par François Laruelle. Ces études sont autant de synthèses, de développements, de comptes-rendus parfois critiques destinés à éclairer la pensée et l'œuvre considérables (mais atypiques) de François Laruelle, assurément l'un des philosophes français contemporains les plus importants (mais aussi l'un des moins lus). L'une des motivations de ce livre est de contribuer à réparer cette injustice. 

Didier Moulinier, enseignant et docteur en philosophie, étudie notamment les interactions entre la philosophie, la psychanalyse et la non-philosophie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont De la psychanalyse à la non-philosophie. Lacan et Laruelle (Kimé, 1999) et Etudes lacaniennes. Psychanalyse, Science, Philosophie (LCFavoris, 2013).

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samedi 24 janvier 2015

Entretien avec François Laruelle : Autour de Christo-fiction

par Florian Forestier, pour Actu Philosophia

Longtemps professeur à l’Université Paris-X Nanterre, François Laruelle est à l’origine d’une œuvre difficile et abondante, riche de plus d’une vingtaine d’ouvrages, parmi lesquels Le Principe de minorité, Une biographie de l’homme ordinaire, Les Philosophies de la différence, En tant qu’Un. La « non-philosophie » expliquée aux philosophes, Principes de la non-philosophie, Le Christ futur, une leçon d’hérésie, Introduction aux sciences génériques, Philosophie non-standard : générique, quantique, philo-fiction, et plus récemment Christo-fiction, sur lequel nous nous attarderons plus longuement. Sa reconnaissance internationale est de plus en plus forte, comme en atteste le colloque La philosophie non-standard de François Laruelle, qui s’est tenu à Cerisy en septembre 2014 [1], et qui a rassemblé des chercheurs venant de différentes disciplines et de différents pays, de Russie aux Etats-Unis en passant par Taiwan. (...)

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mercredi 2 avril 2014

Un nouveau livre de François Laruelle : Christo-fiction

Les ruines d'Athènes et de Jérusalem
 
 
Fayard - Mars 2014
 
Présentation de l'éditeur - Accéder à une autre idée de l’homme, une idée fondée en vérité, l’Homme générique, telle est l’entreprise que poursuit François Laruelle, interrogeant et cherchant à dépasser le discours philosophique enchâssé dans le long héritage de la théologie. Pour sortir de la gangue des croyances et accéder à l’Homme générique, il propose un pas de plus : « Si le christianisme est la religion de sortie des religions, Christ est la sortie hors du christianisme lui-même. [...] Achevons cette insurrection. » Que dit le Christ – le Christ non légendaire, non représenté par les diverses interprétations théologiques, « mal discernable dans son milieu juif par ses paroles grecques » – de l’Homme générique ? François Laruelle nous engage à sa suite dans une aventure de pensée qu’il appelle Christo-fiction, à mille lieues des sentiers conceptuels et exégétiques familiers. À sa manière, il reprend à son compte la démarche qui avait été celle des gnostiques (honnie combattus par l’Église), qui cherchaient à fusionner les « simples » et la connaissance qui sauve dans la vérité d’une fiction. Il fait acte de foi et entend témoigner par une « fiction rigoureuse », fidèle et fondée en science, « produisant ses axiomes et ses règles au fur et à mesure de leur investissement », d’une vérité de l’homme. Une vérité qui prend appui sur un savoir scientifique, en l’occurrence tout l’apport de la physique quantique et en particulier le principe anthropique. Puisque des êtres sapients, les hommes, existent, l’univers est nécessairement compatible avec leur existence. Ce qu’ils peuvent s’attendre à observer de l’univers est nécessairement compatible avec les conditions de leur existence d’observateurs. Philosophie et théologie ne suffisent pas pour penser le Christ-en-personne, tout au plus permettent-elles de penser les croyances qui lui sont attachées. François Laruelle renouvelle donc l’approche gnostique en introduisant la physique quantique comme science-pilote, mais réduite à une modélisation du message du Christ, qui est irréductible à Logos et à Torah. Il s’agit de former et transmettre le nouveau message de salut à l’humanité générique. « La christo-fiction ainsi engendrée témoigne d’une insurrection spirituelle plutôt que d’une « révolution culturelle ». L’Église s’étant constituée sur les bûchers de la gnose, il est temps que la gnose renaisse de la mise à nu du christianisme par le Christ même. C’est un livre de combat. »

dimanche 1 septembre 2013

La topologie remise à sa place



F. Laruelle a critiqué, sinon directement la pratique lacanienne de la topologie, du moins l'idéal topologique omniprésent dans la pensée contemporaine. Il l'a analysé comme une théorie/pratique d'essence philosophique et unitaire, à la recherche d'une fausse immanence (confusion de la place ou du lieu avec le réel, ou position simultanée des deux) ; il a dénoncé le préjugé de l'"opération" en général qui fait dépendre étroitement la place de la mise en place, le lieu du donnant lieu, le topos du logos, et finalement la topologie d'une dialectique plus vaste et plus puissante. La topologie, obnubilée par la substitution des places, le retournement et la torsion des surfaces, la scission et la coupure a finalement oublié le "site originaire" qui est sa véritable condition de possibilité. La "vérité absolue et finie de la place" (Une biographie de l'homme ordinaire, p. 124) relève d'une topique plus originaire et plus fondamentale que toute topologie et toute dialectique. La "chora" ou l'em-placement est pensé par Laruelle comme le "corrélat immédiat de la finitude transcendantale de l'homme" (id.), "humanité" ou réel de dernière instance avec lequel elle ne peut donc pas se confondre. Laruelle fait remarquer que la topo-logie finit toujours par avaliser une pensée de la force, une physique ou dynamique qui assimile in fine la force (ou le pouvoir) et le réel : on voit que la catégorie lacanienne de jouissance est concernée. Même si la jouissance ne se confond pas avec le réel (ni bien sûr avec la force ou l'énergie), elle est dans le vécu humain (en tant que "sentir" ou "agir") ce qui s'en rapproche le plus. Au contraire pour Laruelle, avant toute pratique logo-topologique de la distance, de la coupure paradoxale, etc., il convient d'isoler soigneusement l'univers topologique en tant qu'"espace" de jouissance - voire de jeux et de paradoxes, etc. - du réel un et fini (autre nom de la finitude humaine) et même de la "chora" primitive qui en tant que corrélat de l'Un n'admet pas encore de distance : c'est l'emplacement, la jouissance de la place plutôt que la place de la jouissance. Mais il n'y a pas de "réel" topologique, pas d'unité-des-différences... sinon dans une extériorité déjà constituée qu'on peut donc appeler la Jouissance, mais dépendant en dernière instance du réel et ne s'"approchant" en aucune manière de lui. Pas de "relations de voisinage" ; le réel n'est pas d'essence topologique. Lacan lui-même n'allait pas jusque là puisqu'il associait plutôt le topologique et le fantasmatique, mixte de réel et d'imaginaire... à dominante imaginaire. Le réel, l'homme, c'est l'Un avant toute différence et toute unité des contraires. Mais ce n'est pas l'Un de l'Autre, celui de Lacan, qui intervient dans la coupure et la limite. Pour finir, rappelons avec Laruelle que c'est bien "toute la pratique philosophique de la limite qui est en cause" (ibid. p. 128) L'Un n'est plus ce qui crée l'unité, soit par synthèse soit par exclusion de lui-même (comme chez Lacan), ni ce qui délimite une totalité, une extériorité. Celle-ci est donnée dès avant toute limite, par l'Un lui-même et unilatéralement, parce qu'il est le limité réel sans force et sans opérativité.

mercredi 10 juillet 2013

Les trois théorèmes de la force (de) pensée : Laruelle / Fichte

D'après les Principes de la Non-Philosophie de François Laruelle (PUF, 1996, chapître IV)
 

La philosophie est "le medium universel, la forme a priori plutôt à travers lesquels l'expérience quelconque pense la forclusion de l'Un-en-Un ou participe à la résistance" (p. 168). En réalité toute expérience se donne déjà comme philosophique, de même que toute philosophie s'élabore comme expérience et empirisme généralisé. De part son indifférence radicale, l'Un-en-Un ne peut éviter cela, mais il induit un nouveau rapport de pensée à l'Un - la "force (de) pensée" - tel que la résistance soit prise en compte et devienne l'objet théorique d'une nouvelle discipline.

lundi 24 juin 2013

Onze Remarques (légèrement) hérétiques sur l'homme, le philosophe, et le peuple

1. En régime philosophique, tout philosophe représente "La" philosophie pour un autre philosophe, et tout homme représente un "Philosophe" pour un autre homme. Le philosophe est bien le sujet "agité" de la philosophie, son acteur et son mime. Mais en régime non-philosophique, il n'est que le singe de l'homme qui, lui, n'est le singe de personne.

2. Le philosophe est le héros par excellence, celui qui ne (s')éprouve pas subjectivement (en) lui-même mais qui doit franchir toujours en se dépassant les épreuves de la "subjectivité". C'est dans le franchissement plus que dans l'épreuve que s'effectue l'apparence du philosophe. 

3. "L'homme est l'animal supposé philosophe" (Laruelle), ce qui prouve bien que le philosophe représente l'animal en l'homme et donc que "le philosophe est un loup pour l'homme" (id.). En régime philosophique l'homme s'auto-désire ou s'auto-dévore, vit dans un permanent état de guerre ou de révolution. "Etre un sujet", c'est assumer cette "condition humaine" supposée, vivre à l'image du philosophe, rester le "fils" de l'animal…

Le Sujet et son cercle

Pour retracer la généalogie complète du "Sujet" et partant de la "Subjectivité", il faut remonter à l'hupokeimenon grec qui signifie littéralement "couché en dessous". Traduit en latin par "subjectum", participe passé de "subjicere" (jeter dessous), il est synonyme de "substantia", dérivé de "substare" (se tenir dessous) et désigne le substrat ou la chose même dont on parle et à laquelle on attribue des qualités. En ce sens, le sujet est bien ce qu'il faut supposer en-dessous pour pouvoir dire quelque chose dessus ou à son sujet. D'où la définition célèbre d'Aristote : "Le sujet, c'est ce dont tout le reste est affirmé, et qui n'est plus lui-même affirmé d'autre chose". Rappelons aussi qu'au couple substance/accident ainsi formé répond l'opposition logique sujet/prédicat, tout aussi classique. Bref le sujet est ce dont il est question, la référence fondamentale. N'oublions pas enfin que l'"ancien" sujet substantiel est susceptible d'objectivation scientifique (le "patient" du chirurgien) et d'assujettissement politique (le "sujet du roi").

Le discours universel et son sujet

Il existe un Sujet de la philosophie coextensif à celle-ci, à sa réflexion fondamentale, sa volonté permanente d'auto-dépassement. C'est bien sûr le philosophe mais d'abord en tant qu'il fait couple, qu'il fait cercle avec la philosophie. C'est surtout l'instance discursive elle-même où le sujet joue constamment à se trouver et à se perdre dans la différence énonciative, laquelle règle le statut de la philosophie dans le conflit des discours. Plus exactement, le discours philosophique n'existe que d'être entendu ou reconnu comme tel par un sujet philosophe ; mais cette reconnaissance s'appuie essentiellement sur le caractère dialectique de la proposition philosophique elle-même. Le sujet philosophique n'est autre, fondamentalement, que le sujet du discours.

L'évènement de la pensée

On sait que la pensée de l'évènement caractérise, globalement, l'ontologie du XXè siècle. Il s'agit moins d'une appréhension immanente du réel - malgré la proximité de l'interne, ou de l'immédiat, avec l'évènementiel - que d'une manière encore philosophique et surtout culturelle de rejeter le réel comme interne, et de positionner la pensée par rapport à l'évènement. De là le modèle cognitiviste en vigueur qui explique la fabrication de la pensée à partir des évènements extérieurs. Plutôt que de lui opposer un humanisme éculé, considérons justement l'aspect évènementiel de cette pensée de l'évènement pour tout le XXè siècle, au point que c'est le XXè siècle - intrinsèquement - qui désormais peut-être dit évènement majeur pour la pensée. Il y a une pensée-XXè siècle - l'ontologie de l'évènement ou la fin de l'ontologie comme évènement - qui se confond avec l'être-en-culture ou ce qu'on appelle par ailleurs la "sécularisation de la pensée", la culture n'étant plus ce qui est à penser mais le phénomène même de la pensée. Et c'est l'Europe dominante (américanisée, mondialisée…) qui est censée incarner culturellement (commercialement…) les vieilles représentations philosophiques de l'Etre à peine modernisées (l'entreprise, le marché...), et donc la philosophie elle-même. Cependant, au-delà de cet évènement culturel XXè siècle en Europe philosophie, il faut tenir compte de l'évènement de pensée intrinsèque qui concerne la pensée en-europe et qui se forme à même la base antéprédicative de la pensée. (Je fais référence bien sûr à l’"europanalyse" selon Valdinoci, que je situe entre la "non-philosophie" universelle de Laruelle et ce que je nomme pour ma part, à peine ironiquement, la pensée en-france ou la pensée "élémentaire".) Le réel ni ne se "pose" (à l'ancienne) ni ne parle ou "communique" (à la manière contemporaine, qui confond encore l'être et le réel via l'évènement). La "logique" du réel n'est pas celle de l'Entziehen heideggerien, qui consiste simplement à se retirer ou se retrancher, mais celle de l'Aushebung au sens bien précis de s'ef-fondrer à même l'antéprédicatif. L'Aushebung consiste à effectuer une surrection-dans, une insurrection plus profonde et plus conséquente que les transgressions contemporaines qui se contentent d'utiliser l'abîme (en l'espèce évènementiel, et en premier lieu la Shoa) sans s'abîmer dans l'évènement de la pensée.